L’énigme des écoulements accrus au Sahel central mieux décryptée

L’augmentation des écoulements au Sahel central depuis le début de la sécheresse qui a touché toute l’Afrique de l’Ouest entre 1970 et 1995 est un phénomène bien connu, mais intriguant puisqu’a priori, augmentation des écoulements et déficit pluviométrique sont contradictoires. Ce phénomène persiste aujourd’hui, avec des inondations plus fréquentes en saison des pluies, une hausse locale des ressources en eau (mares, nappes), et un reverdissement de la région depuis les années 1980. Comment expliquer ce phénomène ? Les études antérieures évoquent le défrichement (agriculture, bois-énergie) observé sur la même période. En effet, dans cette région, la réduction du couvert végétal se traduit souvent par l’encroûtement du sol, qui devient moins perméable et favorise le ruissellement et l’érosion. Mais cette hypothèse ne suffit pas : Pourquoi des zones pastorales (peu cultivées) sont-elles aussi touchées ? Pourquoi le ruissellement persiste-t-il malgré le reverdissement ? Pourquoi cette hausse n’est-elle pas aussi observée plus au sud (zone soudanienne) ? Une nouvelle étude publiée notamment par des scientifiques de CNRS Terre & Univers, propose un cadre d’analyse original pour décrire de manière unifiée l’ensemble des changements hydrologiques observés depuis 1950.

L’étude repose sur un constat : au Sahel central, les conditions hydrologiques d’avant la sécheresse ne sont pas revenues après qu’elle a cessé. Ce comportement, bien connu en dynamique des systèmes, suggère un changement de régime de fonctionnement. 

Les chercheurs ont émis l’hypothèse que ce changement résulte d’un basculement entre deux états stables alternatifs, déclenché par la sécheresse. En analysant les observations disponibles depuis les années 1950, ils ont mis en évidence une dérive progressive de la relation entre les écoulements et la pluie annuelle au Sahel à partir du paroxysme de la sécheresse. Cette dérive, qui caractérise précisément le changement de régime, ne s’observe pas sur les bassins soudaniens.

Mosaïque de zones végétalisées (état peu ruisselant) et de zones de sol nu (état ruisselant) interconnectée par un réseau hydrologique naissant. Emprise au sol de 190 x 150 m2 environ. Bassin de Wankama, région de Tillabéri, Niger. © J.-L. Rajot (IRD)

Lire la suite sur le site de CNRS Terre & Univers.

Contacts GET: Manuela Grippa, Laurent Kergoat, Eric Mougin

Sources :

Peugeot, C., Wendling, V., Le Roux, E., Panthou, G., Hector, B., Rouché, N., Crespin-Boucaud, A., Favreau, G., Boubé Dobi, F., Cohard, J.-M., Demarty, J., Descroix, L., Etchanchu, J., Grippa, M., Hiernaux, P., Ingatan Warzagan, A., Kergoat, L., Malam Abdou, M., Mougin, E., Pierre, C., Rajot, J.-L., Vandervaere, J.-P., Vischel, T., Lebel, T., 2026. Evidence of hydrological regime shifts associated with a major decades-long drought in West Africa. Nat Commun.
doi.org/10.1038/s41467-026-72648-6

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