Le guano ancien révèle comment le changement climatique pourrait façonner le futur des populations d’oiseaux marins
L’évolution de la taille des populations d’oiseaux marins avant l’Anthropocène (ère moderne) reste largement méconnue. Cette lacune limite notre compréhension des phénomènes actuels et notre capacité à prédire les conséquences futures du changement climatique. Des chercheurs d’une équipe de recherche internationale du CNRS, incluant le Laboratoire Géosciences environnement Toulouse (GET/OMP), le Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales (LEGOS/OMP) et le Centre de recherche sur la biodiversité et l’environnement (CRBE/OMP) a démontré que les premières colonies permanentes d’oiseaux marins de l’île aux Oiseaux (Géorgie du Sud) se sont établies entre 6 800 et 6 100 ans avant le présent, soit plus de 1 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait. L’équipe de recherche a également mis en évidence quatre périodes distinctes de forte augmentation des populations d’oiseaux marins qui coïncident avec une diminution de l’intensité des vents d’ouest dans l’hémisphère Sud.
Pour retracer l’histoire de la nidification sur l’île, les chercheurs ont mis au point une méthode originale : l’analyse de la teneur en mercure à différentes profondeurs dans une tourbière située en contrebas des sites de nidification. Le mercure est un élément chimique qui se bioaccumule dans les organismes et dont la concentration augmente à mesure qu’il remonte la chaîne alimentaire. Ainsi, lorsque de petits organismes sont consommés par de plus grands, le prédateur se retrouve avec des concentrations de mercure plus élevées. Les oiseaux marins étant des super-prédateurs, ils accumulent des quantités importantes de mercure, et celui présent dans leurs proies se retrouve également dans leur guano. Lorsque le guano est entraîné dans la tourbe sous les sites de nidification, il s’y dépose progressivement. Après avoir prélevé des carottes de tourbe dans la vallée, les chercheurs ont pu utiliser la teneur en mercure des couches de tourbe d’âges différents comme indicateur fiable de la taille des populations d’oiseaux marins passées.

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Contact GET: Jeroen Sonke
