Amazone, des crues exceptionnelles en 2015

Inondation à Zarameriza (Haut Marañón)

Au Pérou, les niveaux atteints cette année par l’Amazone étaient jusqu’à ces derniers jours équivalents à ceux de la crue historique de 2012. Les dernières mesures de hauteurs d’eau semblent indiquer que si la crue ne sera pas historique, elle sera la 2ième ou troisième plus grande observée depuis 1984.

Cette crue trouve son origine dans les pluies diluviennes de la fin de l’année 2014 concentrées principalement sur le versant nord oriental des Andes Péruviennes (bassin du Marañón et du Huallaga). Elles ont provoqué au Pérou de nombreux glissements de terrain, parfois de grande ampleur, comme à Moyobamba (San Martín). Plusieurs axes routiers importants ont été coupés, des récoltes perdues par les débordements des río Huallaga, Mayo ou Marañón et des centaines de personnes ont été déplacées.

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Les pluies diluviennes sur le flanc nord-oriental des Andes Péruvienne ont provoqué les inondations de ces dernières semaines. En photo, le río Uctubamba en crue, janvier 2015

Malgré ces difficultés, les hydrologues du Service d’observation HYBAM au Pérou ont réussi à atteindre au mois de janvier les stations de mesure qui permettent d’enregistrer des chroniques de hauteurs d’eau, de débit et de qualité.  Ils y ont mesuré des débits record : 9500 m3 à la seconde pour le río Huallaga et 12200 m3/s pour le río Haut-Marañón. Ces données, acquises dans des conditions extrêmement difficiles, sont très précieuses pour la communauté scientifique et in-fine pour les populations riveraines. Elles permettront de mieux comprendre la propagation des crues et seront utilisées par la suite dans des modèles numériques capables de simuler des scénarios extrêmes. Pour plus d’informations, consulter le rapport de mission PE-109, disponible en  ligne sur le site de l’observatoire HYBAM.

Les hydrologues HYBAM du SENAMHI (Service National de Météorologie et d’Hydrologie.) et de l’IRD ont ensuite accompagné la propagation de la crue dans la plaine amazonienne péruvienne, avec une nouvelle série de mesures au mois de mars de débits sur l’Amazone près d’Iquitos et sur ses deux grands affluents, l’Ucayali et Marañón.

La synchronisation des pics de crue de ces deux branches mères déterminera l’intensité de la crue à Iquitos. Si l’Ucayali à Contamana est déjà en phase de décrue, il n’en est pas de même à Requena, ultime station de mesure sur ce fleuve avant la confluence. En effet, Santini et al., (2014) montrent un important stockage d’eau de novembre à mars dans la plaine d’inondation située entre Contamana et Requena qui est ensuite restitué au cours d’eau principalement durant les mois de mars et d’avril, déphasant ainsi le pic de crue du bassin andin et de la plaine de plus de deux mois.

Les mécanismes de la crue 2015 sont en cours d’analyse, mais un des facteurs amplificateurs pourrait être l’augmentation du ruissèlement de surface suite à un intense déboisement des piémonts andins dans les bassins du Marañón et du Huallaga au cours de la dernière décennie.

Plus en aval, au Brésil, les hydrologues sont en état d’alerte. Les hauteurs d’eau mesurée sur le río Napo sont aussi exceptionnelles et indiquent de fortes précipitations sur le nord-est du bassin amazonien.

Les regards sont désormais tournés sur le bassin du río Negro dont la contribution au débit du Solimões pourrait faire de 2015 une nouvelle année record.

Contact: Jean-Michel Martinez

En savoir plus sur le Service d’observation Hybam

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